Née en 1969 à Lausanne. Photographe,
vidéaste, écrivain, et comédienne
en témoigne les portraits filmés dans
« Henri ». Le mémoire de Mireille Loup à
l'Ecole Nationale de la Photographie d'Arles (en
1984) a porté sur « un petit musée
imaginaire du contre-sérieux ». Son
humour est grinçant et son parti pris louvoie
entre une parodie du kitsch et une critique acerbe
de notre société. Ses dernières
réalisations, comme « Une femme de
trente ans » ou « Esquives » allient
essai littéraire, photographie et vidéo.
Le musée présente ici Anne, son modèle
dans "Une femme de trente ans".
> Une femme de trente ans : http://femme30ans.free.fr
> Galerie Les Filles du Calvaire (Paris) :
en
savoir plus
LA CHRONIQUE DE MIREILLE LOUP

LE
GLOUBI
On a tous
dans notre entourage un gloubi. Généralement,
le gloubi est un voisin et on le côtoie malgré
soi.
A quoi reconnaît-on un gloubi ?
Le gloubi est plus vieux que vous, ou s’il
a le même âge, il paraît quinze
ans de plus. Parce qu’il s’habille comme
un sac. Parce que ses cheveux, s’il en a,
ont pour seule fonction l’isolation thermique.
S’il en est dépourvu, il affichera
fièrement, comme valeur des traditions, une
couronne ornée d’un béret ou
d’une casquette jacquard selon les besoins
thermiques. Le gloubi est barbu, moustachu ou rasé
de près selon son parti politique, mais il
n’existe à ce jour aucun gloubi connu
qui soutienne José Beauvais.
Si le gloubi est une femme, ce qui est rare –
en cela nous conserverons le genre du nom au masculin
– (eh oui, tout comme pour les genres des
noms « écrivain » ou
encore « médecin »,
il est si rare que les femme en soient ! « une
écrivaine » grippe le tympan et
plutôt que de blesser la langue française
en utilisant le terme «une médecin »
on préférera dire « une
femme médecin » pour insister
sur le fait que, ô chose incroyable, un sexe
faible s’est hissé au rang de l’esprit !
mais mon féminisme primaire m’égare…)
donc, si le gloubi est une femme, mais c’est
si rare, à quoi bon en parler.
Le gloubi est fréquemment petit, à
l’œil torve : il regarde de côté
à la façon des oiseaux. Il se délecte
de proverbes et de dictons. Et le gloubi conduit
très mal, aussi. Parce qu’il a peur.
Oui, avant tout, le gloubi a peur. Toute son attitude
est gérée par sa terrible peur des
autres, du monde et de lui-même.
Le comportement du gloubi en milieu hostile :
Car le gloubi se sent toujours en milieu hostile.
Le gloubi suspecte : il pense que vous faites
exprès de faire du bruit, que sa maison est
humide à cause de la vôtre, que vous
appartenez à une secte, que vous avez des
termites chez vous et refusez de le lui dire. Vous
êtes un danger pour le gloubi.
Le gloubi abhorre la différence : il
est un français normal (le gloubi est toujours
de la nationalité du pays dans lequel il
vit) comme tous les français, il paie ses
impôts et déclare presque tout, il
a deux enfants et quelques, un pouvoir d’achat
qui se réduit sensiblement de 3% chaque année,
et tout ça c’est normal et c’est
dans ses habitudes et la différence lui chamboule
tout.
Le gloubi est délateur : il appelle
la redevance audiovisuelle, la fourrière,
mais jamais « 30 millions de consommateurs »
parce qu’il est content, lui, de la merde
qu’il consomme, c’est une merde internationale
que le monde entier achète, c’est bien
la preuve par A + B qu’il est comme tout le
monde. Non, le gloubi dénonce pour l’Etat,
parce qu’il est patriote. Il se plaît
tant à ce jeu qu’il ferait la fierté
des Etats-Unis s’il était américain.
Il se venge des autres, ces autres qui peut-être
seraient supérieurs et pourraient lui nuire.
Le gloubi est agressif : il aboie du lever
au coucher pour la défense d’un territoire
qu’il sait en péril puisque premièrement
il est petit et peureux, deuxièmement il
a beaucoup d’ennemis en raison de ses délations.
Il se réveille à l’aube et s’énerve
sitôt qu’il enfile une pantoufle contre
tel ou tel de ses voisins pour mettre en jambe son
adrénaline. Il peste dans les files d’attente,
gesticule dans le train, et adule le jeu télévisé
« le maillon faible » animé
par la cruelle et si spirituelle Laurence Boccolini.
Le gloubi est veule : on l’aura compris
puisqu’il est peureux. Sa colère vous
arrivera par des biais détournés,
soit quinze jours après votre scandaleux
délit, soit par voie d’huissier.
Voilà comment cerner un peu le gloubi. On
préférerait le contourner, mais on
ne peut pas, car « On est un con ».
Aussi allons-nous vous donner quelques conseils
d’utilisation pour jouer avec le gloubi.
Stade 1 :
Contraignez le gloubi à être aimable
avec vous. Le gloubi, s’il vous salue, le
fait entre ses dents. Vous auriez tors d’en
faire autant, il pourrait appeler la redevance audiovisuelle.
Saluez-le haut et fort mais sur un ton affable et
prenez soin de rajouter une phrase attentionnée
telle que « couvrez-vous bien, il fait
froid » ou « vous avez de
la famille en visite ? » pour qu’il
ne puisse feindre de ne pas vous avoir entendu.
Surtout il verra que, contrairement à tout
ce qu’il savait de lui, il est enclin à
susciter l’intérêt.
Stade 2 :
Ayez de la compassion. S’il vous parle, il
se plaindra forcément ; c’est
dans sa nature. Ecoutez-le en prenant une mine désolée
et n’hésitez pas à presser de
la main son épaule pour le consoler. Car,
comme tout envieux et rancunier, le gloubi a de
la mémoire, et ce geste vous servira.
Stade 3 :
Le gloubi attaque. Il s’est senti en danger
quand vous avez laissé votre vélo
l’autre soir dans le hall. Il fulmine depuis
deux semaines, et a accumulé suffisamment
de courage pour venir enfin provoquer le conflit.
N’oubliez pas, c’est un teckel, il vous
chopera le mollet par derrière. Répondez-lui
en bon gros chien : sans attaquer ni vous énerver.
Procédez comme suit : placez vos épaules
en arrière pour mettre en évidence
votre cage thoracique et levez légèrement
le menton, en position du coq de la basse cour.
Instinctivement, le gloubi saura que vous êtes
plus fort que lui. Ensuite, adressez-vous à
lui en haussant légèrement le ton,
en décibels, mais pas en émotivité.
Restez calme, à l’écoute, en
lui demandant d’exposer son problème.
Souvenez-vous avec compassion que seule la peur
fait agir le gloubi. Il vous faut donc le rassurer
par tous les moyens. Servez-vous de ces phrases
complices « en effet, je comprends comment
vous avez vécu la chose », « entre
gens intelligents, nous trouverons bien sûr
une entente » pour l’amener sur
un terrain d’égalité et de négociations.
Prenez soin de clôturer la discussion par
« je suis heureux que nous nous comprenions »,
même si ce n’est pas le cas, le doute
planera sur le visage du gloubi rouge. Enfin, trouvez
n’importe quel prétexte pour lui tourner
le dos un moment : le torero tourne le dos
au taureau lorsqu’il sait qu’il est
le maître du jeu et le taureau le comprend
à son tour. Puis quittez-le en lui faisant
savoir que vous restez à sa disposition.
Vous serez tranquille pendant quelques mois.
Tous à vos gloubis, et bon jeu !
LE
BONHEUR LIBIDO EGOCENTRIQUE
Partie 1/3
Marie se sentait molle.
Elle vivait heureuse avec Alain depuis deux ans,
pourtant… elle se sentait molle! En apparence
comblée, Marie regrettait secrètement
la moiteur des mains d’un premier rendez-vous,
le nouage d’estomac des passions naissantes,
les préparatifs interminables au dîner
de séduction, la mise à nue timide
devant cet autre qui attend et regarde, la découverte
du goût d’un sexe inconnu. Et Marie
culpabilisait.
Gwenaëlle, qui n’avait pas les yeux dans
sa poche et qui luttait activement contre la culpabilité
comme étant un mal désuet depuis que
la chrétienté était passée
de mode, décida de lui exposer sa recette
du "bonheur libido égocentrique" :
avoir toujours dans son entourage un A, un B et
un C.
Le B, c’est la personne avec laquelle on partage
son quotidien affectif : vie, amis, sorties
en commun et affichées. Mais l’épanouissement
n’est pas toujours exhaustif sur un plan libido
égocentrique. Et le rôle de B n’est
pas de remplir toutes les fonctions. C’est
à ce point précis que A et C interviennent.
Alors, insatisfaite et amère, ou heureuse
et déculpabilisée ?
Début du jeu : revenez dans deux semaines,
vous choisirez votre camp en découvrant qui
sont A et C …
Partie
2/3
Avoir
dans son entourage un A, un B et un C.
Le B, c’est la personne avec laquelle on partage
son quotidien affectif. Mais pour un épanouissement
affectif total, il convient de s’entourer
d’un A et d’un C.
Les lecteurs qui n’ont pas ou plus de B, sont
bien évidemment conviés à chercher
dès à présent leur A et leur
C, en attendant de trouver leur B.
Le C, c’est le vieil amant ou la vieille maîtresse.
Pas forcément en âge, mais dans la
chronologie de votre histoire. Vous ne couchez plus
avec cette personne, mais vous savez qu’elle
aura toujours une petite place chaude sous sa couette
pour vous. Elle n’est pas amoureuse de vous
– apprenez à éviter les complications –
quant à vous, vous aimez votre B. Vous vous
entendez bien sexuellement avec le C, c’est
la raison de votre place réservée ;
il est même souvent plus farfelu que votre
B. Vous pouvez vous confier à C sur tous
les sujets, il vous connaît bien et sait vous
remettre à votre place sans pour autant vous
fâcher.
Attention, un bon C est un C célibataire.
Un C qui a un B risque de changer ses dispositions
à votre égard. Veillez au grain.
Il est préférable de ne pas choisir
un ancien B pour devenir votre C. Il y a trop souvent
des contentieux avec un ancien B parce qu’il
y a eu de l’amour, des vexations et trop de
compromis.
Choisissez un C léger et disponible. Tous
à vos fichiers et rendez-vous dans deux semaines
pour découvrir qui est A…
Partie
3/3
Après
avoir vu qui étaient B et C, partons à
la rencontre de A.
Ahhh ! Le A est celui avec qui vous entretenez
un jeu de séduction. Celui qui vous aidera
à rester toujours jeune et pétillant(e).
On distingue deux catégories de A :
le A et le A+.
Vous avez déjà eu, par le passé,
une aventure avec votre A, mais vous n’avez
jamais couché avec votre A+ !
Dans les deux cas, qu’il soit A ou A+, vous
ne recoucherez pas avec lui, au risque d’étouffer
l’étincelle séductrice.
Vous êtes honnête avec votre A – il
sait que vous avez un B – mais pas
trop – vous ne lui direz jamais clairement
que vous ne coucherez pas avec lui. La séduction
est une affaire de demi-teintes.
Le A vous sort. Il vous emmène dans des lieux
que vous appréciez. Contrairement à
votre C que vous aurez soin de conserver caché,
vous pouvez avoir une vie sociale avec votre A.
Vous échangez sur des sujets intellectuels,
le A sait vous faire rire et vous captiver, mais
vous ne voudriez pas faire votre vie avec lui. C’est
une dynamique culturelle qui se construit avec beaucoup
d’apparat et de précaution.
Ménagez votre A : la flamme ne doit
pas s’éteindre. Respectez votre A :
ne le duper pas.
Attention, un bon A est un A marié et heureux
de l’être. Veillez à ce qu’il
ne veuille pas devenir un C ou pire, un B.
Choisissez un A brillant et aisé.